American Clown

American-Clown T2 editions Mosquito

ADDICTIONS de Laurence Pierre le vendredis de 21Hà23H sur France Inter…
Anne & Julien x M.Oizo american clown

American clown figure dans la sélection TOP five BD de février de Anne et Julien dans l’émission ADDICTIONS du vendredi 28 février 2014 sur France Inter.
sympa !

American clown ADDICTIONS selection Top  five BD du mois de fevrier 2014   par Anne et Julien de La revue Hey

Anne & Julien sont les créateurs et rédacteurs en chef de Hey!
journalistes spécialisés dans les cultures alternatives depuis 20 ans. Ils interviennent dans l’émission Addictions sur France Inter. (Ils sont également commissaires d’exposition (Musée de La Halle St Pierre, Musée du Quai Branly) … .

publié le 01 mars 2014 par Damien Canteau sur paperblog et casedepart

American clown

Jean-Louis Le Hir et Louis Le Hir avait laissé leur personnage Clown dans un triste état à la fin de leur premier album. Ils ont décidé de raconter la suite de la vie de leur héros dans les Etats-Unis des années 20 dans le merveilleux album American Clown. Une rencontre va le bouleverser et l’emmener sur le chemin de la rédemption.

Clown, un homme rude et massif, ne sait plus trop où il en est dans sa vie. Ici et nulle part, il participe à des combats clandestins pour gagner un peu d’argent. Recouvrant sa liberté après avoir effacer sa dette, il part pour les Etats-Unis à bord d’un paquebot aussi grand que gros. Alors que le voyage se déroule sans histoire, une nuit dans le brouillard des cigarettes et au son des guitares, il croise Sinead, une belle brune.

Mais leur chemin se sépare lorsqu’ils débarque à Ellis Island. L’homme au visage rond barré d’un nez rouge vagabonde dans les rues de New-York et est même arrêté pour cela. En prison, il joue des poings pour garder sa dignité. Elle, travaille comme serveuse dans un bar malfamé de la ville.

Mais au détour d’une ruelle, ils se retrouvent et les sourires illuminent leurs visages. Incommodés par des caïds, ils se défendent et fuient vers un monde meilleur. C’est vers l’ouest qu’ils se dirigent, croisant un petit cirque où ils découvrent Piit le nain, le grand Lenny, Ozzie et un couple d’acrobates. Les acceptant dans leur troupe, ils déploient leur chapiteau de ville en ville…

American clown est un album original et sublime. Cette histoire simple et quasi muette de Louis Le Hir est passionnante et touchante. Sur les planches, un petite voix-off distille les éléments de compréhension de façon parcimonieuse. Pas de blablas, pas de dialogues, juste la force du dessin pour une lecture fluide et délicieuse. Les personnages sont très bien dépeints, de Clown, cet homme fort et bagarreur mais au grand coeur, peut être muet, triste et traînant sa grande carcasse d’un bar à l’autre, d’une ville à l’autre, d’un combat clandestin à l’autre. Mais sa vie va s’illuminer par une belle rencontre joyeuse et quasi amoureuse de Sinead, une belle femme brune souriante et plein de vie. Ce couple improbable est attachant et le lecteur va apprécier de suivre leur voyage entre les galères et les rires. L’histoire oscille entre la mélancolie, la poésie et le drame.

La grande force de l’album est sans conteste le dessin. Un graphisme fort et puissant de Louis Le Hir, très personnel, qui fait de cet auteur, un dessinateur à suivre. De très belles et grandes cases, un très bon découpage et des cadrages bien sentis permettent d’équilibrer d’une magnifique manière, les planches. Les décors enneigés sont splendides et les couleurs apportent de la douceur à ce récit parfois sombre.

American clown : une belle histoire d’amour dans un magnifique album muet.

Murmures magazine American Clown
American Clown (Le Hir – Éditions Mosquito)
Chronique parue le 24 fevrier sur murmures par Noé Gaillard

Voilà le genre d’album dont l’annonce seule devrait envoyer les amateurs de BD assaillir leur libraire attitré et qui met dans l’embarras le plus total le modeste chroniqueur que je suis.

Pour commencer mesurez la puissance de la couverture. Tout est dit ou presque : le personnage et le lieu et surtout le sens de l’évocation qui donne la force du reste. S’il vous arrive de feuilleter pour vous faire une idée plus précise, vous constaterez qu’il s’agit d’une des bandes dessinées les moins bavardes qui soient. De manière approximative je pense qu’il y a en moyenne moins de dix mots par page. C’est-à-dire que nous sommes presque dans de la BD « pure ». Celle qui raconte par le biais des images, de la mise en page et des couleurs.

Premier constat le clown, personnage principal, est attachant donc on va le suivre avec indulgence. Il quitte l’Europe et s’embarque pour l’Amérique, sur le bateau il rencontre Sinead et après Ellis Island il va faire l’apprentissage du pays de la liberté. Il retrouvera Sinead et ils parviendront à la Californie où vit un oncle de la jeune femme. Une histoire banale, simple rendue passionnante par le dessin et la mise en planche. Le dessin donne à rêver ce qui n’est pas dit, ainsi jusqu’à l’arrivée en Californie la dominante couleur est le bleu-gris traversé parfois de rouge sang ou tissu. Grâce à la présence du clown le bleu-gris n’est pas triste il est un peu froid et témoigne bien du rapport des humains entre eux. Et j’oserai dire que le dessin est réaliste dans le sens où il « exagère », il montre la façon dont on voit. Deux remarques avant de vous laisser aller acheter cet album. La première est un conseil : si jamais on vous propose d’acquérir des planches de Le Hir n’hésitez pas trop, elles vont vite devenir « collector », la deuxième est juste pour vous signaler qu’en lisant cet album un clown contemporain m’est revenu en mémoire il s’agit de Joèl Favreau dit Sol, un clown québécois, qui jongle avec les mots et joue dans le registre « mélancolique »…
Bonne lecture.
Noé Gaillard
lehir american clown

Une chronique de Cathia Engelbach
Publié le 14 février 2014 achacunsalettre (le monde.fr Blog abonné)
American Clown, Jean-Louis et Louis Le Hir

Piste fugitive

Il y avait eu une éclaboussure, un soir, à l’arrivée d’un homme au visage aussi rond que la pleine lune qui venait tout juste d’endormir le seuil d’une petite route déserte. Cela avait fait un léger bruit qui n’avait pas réussi à recouvrir un autre – on aurait dit que quelque chose, ou que quelqu’un, était en train de pleurer un peu plus loin. L’homme au visage rond ne parlait pas, laissait la ligne défiler pour lui. Il semblait ne connaître que deux couleurs, qu’il assortissait tous les jours de la même façon ; un rouge vif pour maintenir le regard et soutenir le pas, le même au bout du nez, et un peu de bleu sur les épaules. Il ne parlait pas, mais il était déjà immense. Ce soir-là, il avait peut-être attendu que la pluie s’affine pour aller fouiller dans les ruines, à l’endroit précis où quelque chose, ou quelqu’un, était en train de pleurer. Ou peut-être que cela n’avait été qu’un pur hasard. Un morceau de vie tenait tête aux gravats, et les attendait sans doute, lui et son visage rond. Il ne lui avait suffi que de peu d’effort pour le recueillir et, un peu plus tard, lui donner un prénom. Il s’était improvisé père et s’était plu à redevenir enfant, sans autre scénario que celui de suivre les saisons qui les voyaient grandir, lui et elle, avec parfois de petits accrocs, avec lesquels ils s’accommodaient. Il ne parlait pas, mais il arrivait parfois que les larges lèvres blanches de Clown esquissent un sourire ; en fait, c’était à chaque fois qu’il regardait Zoé dessiner son visage aussi rond que la lune sur les pages de son journal intime. Ce dialogue, simple, entre une main et une autre, dura plusieurs années. Une nuit, la première a abandonné les courbes pour des lettres – la seconde était saoule, ne tenait déjà plus droit. Clown n’avait rien vu ni entendu, cette nuit-là ; rien des hommes sur le corps de Zoé, rien des éclaboussures en elle, rien de son silence. Au matin, il n’avait pas attendu la neige pour rejoindre l’arbre au seuil de la petite route déserte. D’autres branches tenaient tête aux gravats, chaussettes jaunes et grises qui pendaient dans le vide. La dernière lettre de Zoé sur une souche muette. Alors Clown comprit, des silences, des éclaboussures, des hommes. Il les calcina dans un dernier numéro, puis il disparut.

Entre parenthèses, Clown apprit à reconnaître les lieux, à lire les frontières, et à détailler les fossés de nouveaux chapiteaux. Il s’était mis à cogner fort sur Hambourg, Lisbonne, Hong Kong et Shanghai, ou peut-être nulle part sur ces terres-là – il était devenu une légende que l’on disait craindre et que l’on croyait ressentir partout. Partout sa main violente portée aux côtes et aux joues, immense comme lui au milieu de toutes les autres ; partout les sirènes et la foudre fracassante d’un ultime qui rappelait un premier combat, des lignes tranchées aux paumes et des poings fermés qui se lèvent en héros. Il ne parlait toujours pas ; survivait du mieux qu’il le pouvait depuis qu’un morceau de vie s’était éteint sur le rebord d’une route déserte, bien des années plus tôt. Le jour où il avait tourné le dos aux histoires. Qui le rattrapèrent sans prévenir dans le brouillard d’une coque géante et l’ombre d’un océan. En chemin vers un autre continent, elle faisait jouer ses doigts depuis le soufflet jusqu’aux touches d’un accordéon usé. Ce jour-là, Clown n’entendit que très peu les notes qui remplissaient les cabines les plus pauvres du bateau, celles où il se passe toujours quelque chose. Ses yeux démaquillés se posèrent sur l’inconnue à l’instrument. Il se contenta de lui tirer la langue, puis il lui sourit légèrement, et finit par accepter la main qu’elle lui présenta. Elle avait un prénom de littérature de voyage, et aimait disparaître pour réapparaître dans les paysages de cycles renouvelés. Elle était neige et pluie, si rarement immobile. Pour Clown, elle était terre d’accueil, sa couleur chaude. Elle se devinait aux lueurs de bougie et de l’autre côté des passerelles de New York, et de l’autre côté de n’importe quelle carte, là où la brume s’adoucit toujours. Elle l’avait invité à d’autres parenthèses, et à l’inattendu de nouveaux récits. Clown s’était laissé faire ; il avait suivi Sinead. Ce serait un vagabondage sur des rails menant vers l’Ouest du pays.

La route de Clown vers une piste différente : au cœur de sa nouvelle histoire, à l’instant des flocons, sa large silhouette est un point de plus, glacé sur un fond impressionniste. À l’extrémité d’un continent, les teintes n’en finissent plus d’estomper les façades hautes de buildings comme elles perdraient une cathédrale sous le pinceau de Monet. Un peu plus loin, d’autres toiles se déchirent, les couleurs deviennent criardes et fiévreuses, multipliant les personnages, noyant les influences, se focalisant sur leurs masques et sur leurs expressions figées, ou encore sur des portions de leurs corps, croqués, par choix, qui se voilent et s’enterrent au moment d’envols.
Louis et Jean-Louis Le Hir assombrissent et illuminent les fissures aux commissures, les iris éclatés, les gestes soudain rompus, soudain rayonnants. La piste sur laquelle leur troupe évolue est une scène de forces contraires qui n’a besoin que de très peu de mots pour suggérer et faire vivre les drames. Une scène qu’ils parsèment de motifs récurrents – des fils d’acrobates tendus d’un bout à l’autre d’un continent, d’un bout à l’autre d’un espace clos, des cils tristes, des bouches closes, des visages baissés, des croix à bâtir et des taches de sang au sol ou sur les cloisons – avant de la dénuder, et de la libérer. Hors du cirque, la lisière atteinte redonne toute sa place à l’infini d’un personnage au visage rond, que le vent conduit sous un autre ciel.
On dit que Clown est resté muet, et il rit sûrement de cette nouvelle légende, tenant fermement la main d’une autre parole dans la sienne.

Mais qui sont-ils, dis-moi, les hommes de voyage, ces gens un peu
plus fugitifs encore que nous-mêmes, qu’un vouloir urgent très tôt
vrille, pour qui, pour plaire à qui,
et jamais satisfaits ? Mais les vrille,
les courbe, les enroule et les fait tournoyer,
les lance et les rattrape ; comme un air huilé
et plus lisse ils redescendent
sur le tapis limé, rendu plus mince par
leur éternel rebond, sur ce tapis
perdu dans l’univers.
Apposé tel un pansement, comme si le ciel
de banlieue avait à cet endroit fait mal à la terre
Et à peine arrivés,
dressés là, et l’ont déjà montrée : l’initiale majuscule
de l’être érigé là (…)
Rainer Maria Rilke, « Cinquième élégie » (in Élégies de Duino & Sonnets à Orphée, éd. Gallimard, coll. Poésie / Gallimard, trad. J.-P. Lefebvre et M. Regnaut, 1994)

Cathia Engelbach

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